Conférence-débat animée par le Professeur Achille Mbembe

Réenchanter l’Afrique: Conférence-débat animée par le Professeur Achille Mbembe, lors des travaux d’ouverture de la Biennale Yango II à Kinshasa, le 04 février 2020.


Il faut dire, d’emblée, que cette œuvre scientifique est née des discussions engagées avec le Prof. Siluwine Sarr. Que veut dire réenchanter l’Afrique ?
Avant tout, il faut définir ce que l’ Afrique. Se réfère-t-on à ces 54 micro-Etats qui composent le continent ou à quelques États seulement ? L’Afrique renvoie à 3 choses:
1.l’Afrique, c’est le pays natal de l’humanité. C’est ici en Afrique que l’humanité est née, qu’elle a appris à parler et qu’elle s’est mise débout pour la toute première fois. Ceci mérite d’être rappeler aujourd’hui car, cela suppose plus de responsabilité, mieux, une énorme responsabilité de l’Afrique envers elle-même d’abord, et envers l’humanité tout entière ensuite.


2. L’Afrique, c’est un continent colossal, gigantesque, avec ses 30 millions de Km carrés., c’est un géant dans ses étendues, plurielle du point de vue de ses espèces, richesse en matières 1ères et précieuses.


3. L’Afrique est une réserve de Puissance, mais aussi une puissance en réserve. D’où, comment réveiller cette potentielle puissance ? Car, n’oublions pas, l’histoire de l’Afrique est aussi une histoire de prédation, de pertes immenses qui ne sauraient avoir de prix. L’histoire de l’humanité démontre que l’Afrique a perdu des choses qu’aucun autre peuple du monde n’aura perdu. Ce qui est étonnant, ce que nous SOMMES ENCORE LÀ: ces pertes commencent avec la traite négriere qui en soi à été une perte des hommes et des objets pour le continent. D’où une question: QU’EST-CE QU’UN PEUPLE QUI N’ARRIVE PAS À CONSERVER CE QUI EST MEILLEUR POUR LUI-MÊME, COMMENT ROMBRE AVEC UNE HISTOIRE DES GRANDES PERTES EN AFRIQUE ? Amidou Kad, dans “comment vaincre avec raison”, donne quelques pistes.

Voici dans quels termes se pose la question du réenchantement de l’Afrique:
Réenchanter l’Afrique, c’est sortir l’Afrique du ghetto dans lequel les intellectuels africains ont emprisonné l’Afrique. C’est travailler à defataliser l’avenir, c’est renouer avec la politique de l’espérance, c’est agir contre la collapsologie. Il faut une Utopie pour l’Afrique, utopie dans le sens d’une espérance sans garantie. Désormais, que chaque mort d’un seul africain soit quelque chose d’inacceptable: à l’est de la RD Congo, on compte des millions de morts. C’est inacceptable et ça doit cesser. Des africains meurent en voulant traverser la méditerranée, c’est inacceptable. Ceci implique que nous devons faire appel à l’imagination, au sens que lui donne Tutu Ola. Cette imagination doit être une pratique sociale à part entière, cette capacité de tenter à aller au-delà de l’irréel, cette dimension de l’inapropriable et de l’incalculable. Ceci est très important si nous voulons renouveler le politique : ARRÊTEZ DE FAIRE DU POLITIQUE UN OUTIL D’ASSASSINAT.
Que dire de cette afrotopie ? du brutalisme ? De cette idolâtrie de la technologie dans le monde aujourd’hui ? De l’ontologie nègre ? Le débat avait été très mouvementé. En définitive, Achille Mbembe lance un appel: LE SORT DU CONTINENT EST ENTRE NOS MAINS.

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